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Hogmanay est la célébration du passage à la nouvelle année uniquement en Ecosse ! Mais pourquoi ce nom et pourquoi les écossais ont fait de la fin d’année une fête immense qui rassemble des milliers de personnes dans les rues d’Édimbourg et sur plusieurs jours, avec feux d’artifice, musiques et traditions comme le first footing? Le mot même Hogmanay a une origine incertaine, pouvant venir du français, du gaélique ou des langues nordiques. Les feux d’artifice et les défilés aux flambeaux (hier à Edimbourg) rappellent les anciennes fêtes païennes des temps vikings. On allumait des feux de joie et lançait des torches. Les peaux animales enflammées produisaient une fumée censée chasser les mauvais esprits ; ce bâton fumant était appelé un Hogmanay. Du côté français, selon les experts, le nom apparut à l’époque de Marie Stuart au 16ᵉ siècle : les cadeaux offerts le soir du Nouvel An étaient appelés ‘hoguignets’ en Normandie… L’interdiction de Noël pendant 400 ans ! Il existe des raisons historiques et assez incroyables pour cet engouement. Noël a été interdit en Écosse, puis dans toute la Grande-Bretagne, au 17ᵉ siècle car c’était jugée trop indulgent et lié au catholicisme. Boire, danser, trop manger, offrir des cadeaux et chanter étaient tout simplement interdits. Le changement n’est arrivé qu’au 19ᵉ siècle lorsque les victoriens anglais ont progressivement recommencé à célébrer Noël. Mais les Écossais avaient fait quelque chose que personne d’autre en Grande-Bretagne ne faisait : ils avaient tout simplement déplacé les festivités à la semaine suivante lorsque le calendrier marquait le changement d’année — sans lien avec le calendrier chrétien et donc en dehors du contrôle de l’Église protestante puritaine et austère. Hogmanay est ainsi devenu la grande fête de l’hiver du Nouvel An et qui est d’ailleurs souvent plus attendue et célébrée par beaucoup d’écossais surtout que le jour de Noël n’est devenu jour férié en Écosse qu’en 1958 !!! Tous dehors ! Jusqu’au milieu du 20ᵉ siècle, des rassemblements informels avaient lieu à travers toute l’Écosse dans les centres-villes. A Édimbourg les célébrations avaient lieu à l’extérieur de l’église du Tron sur le Royal Mile. Les habitants de la capitale se réunissait après 22h lorsque les pubs fermaient et profitaient d’un carry-oot (boissons à emporter) jusqu’après minuit. Lorsque les pubs et clubs ont commencer à rester ouverts après minuit dans les années 70 et 80, la tradition de se rassembler à l’extérieur a un peu disparu en Écosse sauf qu’à Édimbourg, on a continué célébrer dehors avec un festival professionnel aujourd’hui organisé sur trois jours — spectacles de rue, marchés et concerts — qui culmine avec une immense fête de rue sur Princes Street et un feu d’artifice tiré du château et qui attire des visiteurs du monde entier.
En 1996, Hogmanay à Edimbourg a été reconnue par le Guinness Book of Records comme la plus grande fête du Nouvel An au monde, avec plus de 300 000 participants, ce qui a d’ailleurs conduit à la mise en place d’un système de billetterie payante les années suivantes. Le First Footing Mais heureusement certaines traditions subsistent encore, notamment le first-footing selon lequel la première personne à entrer dans une maison après minuit est considérée comme un porte-bonheur apportant avec lui des cadeaux symboliques :
Pour garantir la chance, cette personne devrait être un homme grand aux cheveux foncés et cette préférence viendrait de l’époque viking : voir arriver un grand blond armé d’une hache sur le pas de sa porte annonçait rarement une bonne année ! Auld Lang Syne et feux d'artifice Juste après minuit, il est traditionnel de chanter Auld Lang Syne de Robert Burns en se tennant la main en un grand cercle (souvent en croisant les bras pour le dernier couplet) afin de dire adieu à l’année écoulée — une tradition désormais répandue dans le monde entier, mais fondamentalement écossaise. La chanson a été traduite en français en 1920 par Jacques Sevin, l’un des fondateurs des Scouts de France et c’est la fameuse ‘Ce n’est qu’un au au-revoir mes frères’ ! Et cette année alors ? L’année dernière, la street party a été annulée à cause du mauvais temps, mais cette année, le soleil est au rendez-vous d’après met office sauf que les températures ont un peu chuté ces jours-ci. Pour ma part, je vais certainement aller chez des amis et regarder le feu d’artifice depuis le parc des Meadows, Arthur’s Seat comme des milliers d’habitants d’Édimbourg qui sont trop frileux (ou trop âgés!) pour affronter la foule sur Princes Street. Alors que vous célébrez la Saint-Sylvestre chez vous bien au chaud ou que vous soyez déjà à Édimbourg ou quelque part en Ecosse, surtout profitez-en bien et bonne année 2026 ! Et pour les amateurs de whisky : Hogmanay ne sera pas complet sans un petit dram (et qui est bien pratique pour se réchauffer) ! Si vous souhaitez en apprendre davantage et découvrir la ville lors d’une visite guidée à pied, je me ferai un immense plaisir de vous accompagner !
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J’ai fait une visite avec une sage-femme de Belgique cette semaine et parler des femmes, de la naissance et des pratiques obstétricales à Edimbourg est presque un incontournable (et pour moi un vrai plaisir, ayant tellement aimé devenir maman en Écosse, et il y a 3 sage-femmes dans ma famille !)
Parlons donc de Sir James Young Simpson. Il y a une plaque avec son nom dans St Giles et une statue dans les jardins de Princes Street. Le service de maternité de l’hôpital général s’appelle aussi Simpson ! Alors qu’a-t-il bien pu faire ? Simpson était professeur d’obstétrique à l’université d’Édimbourg au milieu du 19ᵉ siècle. À une époque où accoucher — ou être opéré — signifiait presque toujours souffrir, il s’intéresse à l’anesthésie. Après quelques expériences pour le moins douteuses sur lui-même et amis, il s’arrête sur le chloroforme qui est très vite utilisé en Écosse. Mais ailleurs, la méfiance est grande. Il faut attendre une patiente très particulière — et même extraordinaire — pour que le chloroforme s’impose en Angleterre… et dans le reste du monde. En 1853, la reine Victoria est enceinte de son huitième enfant, qui deviendra le prince Léopold. L’accouchement s’annonce difficile et les conversations entre médecins fusent dans les couloirs de Buckingam Palace. Donner du chloroforme à la reine ? C’est trop nouveau… (et cela vient d’Écosse). Et si quelque chose se passe mal ? Pour l’enfant ? Pour la reine ? Pour la carrière de l’obstétricien royal ?? Le dilemme est grand. Alors la reine prend les devants et déclare : "Chers gentlemen, ce n’est pas vous mais NOUS qui allons avoir ce bébé, et NOUS aurons du chloroforme !" On administre une dose. La reine s’endort. Quelques minutes plus tard, le prince Léopold naît. Et une révolution médicale commence. Le chloroforme s’impose d’abord en obstétrique, puis en chirurgie. Le chloroforme sera plus tard remplacé par des substances moins toxiques, mais il est difficile de nier l’héritage laissé par ce médecin écossais audacieux qui mérite largement sa maternité, sa statue et tous les honneurs qui lui sont rendus. (Et il inventa aussi les forceps!) |
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